Combien de fois en rêve je tai vu
Les hyènes les vautours les coyotes les chiens de guerre
La terreur les tortures les mensonges les crimes impunis
Dictatures des tyrans parasites gardiens de cimetières
Plombent le cur tatoué dune star dor des états
unis
Que se révolte la poésie et sinsurge à fracasser
le sommeil de la voix
Crucifiant la langue de la maison jusquau silence damère
transpiration
Lhistoire insolente de létat sébranle devant
des peuples qui aboient
Les blasphèmes de sacrilèges utopies libertaires de sensuelles
passions
La liberté se lève et se couche nue dans chaque visage brille
le sourire
La beauté des enfants le calme olivier des vieillards drus rusés
avertis
Les rues deviennent des torrents de marcheurs qui avancent vers lavenir
Du passé usurpé dâmes vétustes crédules
corrompues de nuits anéanties
Peuples paroles si familières longtemps emprisonnées bâillonnées
exilées
Reprenez tous vos pas de danse tous les sons cadences et raisons exotiques
Gonflez vos voiles des vents marins polychromes vers les voûtes étoilées
La maison se réveille comme une ruche reprend vie flamme et musique
Par le figuier par lolivier le palmier et par tous les autres arbres
Les bergers en chacun chantent à tue-tête ces rauques mélodies
Vieilles comme le monde mémorial et si lisses comme le marbre
Connais-toi connais-moi ton désir est le mien son écho rebondit
Combien de fois en rêve de course essoufflée sur des lignes frontières
A naviguer toujours de nuit entre des îles sombres repaires des diables
Combien de fois avons-nous espéré voir se lever nos regards
francs fiers
Dhabiter nos contrées nos campagnes nos oasis nos chansons nos
fables
Aujourdhui peut être sécrit le préambule étoilé
dune page nouvelle
Euphorie des brusques victoires qui puent poudre et gaz lacrymogène
Les rudes résistances assouvies de cette vieille histoire de soif éternelle
Laissera large la place aux chimères chansons des passions électrogènes
Que battent les tambours que souffle le cuivre que sonnent les métaux
Le pays dans son entier est dans la rue envahit les routes et les champs
Ils marchent la nuit entière mangent frugal se réveillent toujours
très tôt
Labourent récoltent arrosent la terre de leur sueur de silence tranchant
« Ce que nous sommes chacun à part, ce tout » solidaire
forestier debout
Prophétisait le verbe glissant de Guyane arpailleur éloquent
baroudeur
De sa voix ébréchée africaine métisse américaine
amérindienne zoulou
Césaire le nègre de Fanon maquisard des Chabbi de toutes les
couleurs
Combien de fois en rêve je tai vu suivi entendu charmer le roi
des reptiles
La chaleur des brasiers la clameur des émeutes assombrissait le ciel
dhiver
Une odeur printemps précoce hante nos déserts ocres nos villages
et nos villes
Le temps qui ne tournait jamais rond sest mis soudain à tourner
à lenvers
Et si le stupide adage quen son pays le poète nest ni prophète
ni roi
Si daventure tu écoutes ton cur il dira: le poète
nest autre que toi
Combien de fois, combien de fois, combien de fois, combien de fois
Lhistoire insolente de létat sébranle devant
des peuples qui aboient
En hommage ému à loncle Edouard Glissant qui nous quitte
dans un moment froid et chaud.
Montreuil Tozeur le 5 février 2011
Zouzi Chebbi Mohamed Hassen
Ceux qui sen vont ouvrent large
la porte de Carthage
Les moissons de la terre sont de toutes saisons
Les figures familières de nos aimables bergers
Sans que personne n'en soupçonne la raison
Prennent le large des grands vents vers l'étranger
Mortel Destin terreur des bêtes sauvages traquées
Notre bref moment de lumière aux sons cristallins
Des illusions amères d'amours tristes détraquées
Ruminent la pure perte des vagabonds orphelins
Si une goutte de phosphore amorce les brasiers
De l'infini visible des paroles ou chante l'ivresse
Larme de pluie fleurisse les antiques promesses
Des steppes assoiffées qui couvent des lauriers
DAthènes nous viennent les échos dutopiques visions
Soleil noir rouge carmin encre indélébile de la mémoire
La langue arabe retrouve soudain dabruptes façons
Qui sentent lincendie limpatience renversent lhistoire
Les temps des bravoures héroïques des poètes rebelles
Repousse tel le chiendent vivace sous des dunes doubli
Lamnésie grise pieuse barbue des défaites perpétuelles
Tombe en flocons de poussière refoulée sous les plis
La bêtise des robots au cliquetis des claviers dinternet
Tente de figer la Tunisie derrière limage fade des jasmins
Comme pour le sang des communards déguisé en muguet
La pensée sénile comme souvent voit le peuple en gamin
Tellurique tremblement de mots secousses de violence
Où les imprécations des fous poètes devins et prophètes
La nuit dhorreur pesante ses cauchemars ses indolences
Fondent comme neige au sacré soleil que notre désir fête
Zouzi Chebbi Mohamed Hassen
En hommage à un grand poète grec.Takis Varvitsiotis dont le
départ accompagne lespoir tunisien.
Printemps précoce dune révolution en méditerranée
arabo-phénicienne
Zouzi-Chebbi Mohamed Hassen