Dignes paupières  

Dignes paupières s'ouvrent des fleurs au bout des planches
Se lèvent comme la scène sur le feu
De la fureur dans la poussière
De la joie écrasée dans le creux des poings
Pas de trêve pas de costume
Ça vient du ventre et des absences
De l’éclosion et du manque de pain
Ça passe par les larmes et par la pluie des miroirs
Ceux qui réfléchissent et ceux qui se brisent
C’est toi c’est elle c’est lui
Du bassin minier de Gafsa à Sidi Bouzid de la place de la Kasbah à la place Tahrir
L'heure de la maturité spontanée
L’heure du tout à venir
Où les souks et les rues boivent le désespoir des Mohammed Bouazizi
C'est assez tournent et tournent et tournent de Pékin à Lhassa
Des femmes de la place de Mai aux femmes de Téhéran
Les murmures qui deviennent des cris puis des rires
Les yeux au sortir des cavernes
La voix intime du contre-ordre
Bouffez-en jusqu'aux racines
Des
œillets des roses des tulipes du cèdre et du jasmin
Le raphia des portables et des navigateurs
De loin en loin forme ses bouquets

 Christophe Forgeot